ONG Terre Vivante

ONG Terre VivanteProjetsRapports de ProjetsJardin Médicinal de MaatamoulanaContexte du Projet

Jardin Médicinal de MaatamoulanaPrésentation de la structure requérante

Action de développement des plantes médicinales en Mauritanie:
Le Jardin Médicinal et l'Atelier de transformation de Maatamoulana

ONG Terre Vivante

1. Contexte du projet

INTRODUCTION

En Mauritanie, comme dans de nombreux pays en voie de développement, les actions de santé et la couverture médicale restent limitées aux grandes agglomérations (200 médecins au total, soit une moyenne d'environ 1 médecin pour 12000 habitants). La difficulté des déplacements, le faible nombre du personnel médical et la rareté des médicaments exclut souvent les plus démunis.

La médecine maure est héritière de la médecine arabe et de la médecine négro-africaine. Aujourd'hui, les héritiers des grandes familles de médecins pratiquent encore leur art et jouissent de la confiance de nombreux patients. Cependant, il est à craindre que cette tradition disparaisse à brève échéance, dans l'évolution actuelle que connaît la Mauritanie : urbanisation, sédentarisation, occidentalisation.

Il est donc urgent de sauvegarder un savoir de valeur, et souhaitable de développer sans passéisme un système de soins qui s'appuie sur la phytothérapie locale et la médecine traditionnelle, à l'instar des pays voisins, Mali et Sénégal, qui réalisent depuis quelques années avec succès des actions de valorisation et de d'utilisation des plantes médicinales.

Conformément aux directives de l'OMS (déclaration d'Alma Ata) qui encouragent les systèmes de soins à intégrer les médecines traditionnelles, le développement de la production et la transformation des plantes médicinales en Mauritanie est l'objet du présent projet.

LE CADRE DU PROJET

Le trafic de médicaments, le coût de la médecine privée, le manque de confiance dans les structures de santé publique conduisent une partie de la population aux moyens modestes à recourir à la médecine traditionnelle.

Malgré l'attachement qu'ont les Maures pour leur culture, le savoir populaire concernant les plantes médicinales est menacé de disparition à relativement court terme, compte tenu du bouleversement des structures traditionnelles (exode rural) et de l'attente des jeunes dans la médecine occidentale « moderne ».

Médecine moderne contre médecine traditionnelle ?

On ne peut nier la supériorité de la médecine moderne en matière de chirurgie, diagnostics précis et thérapeutiques d'urgence.

Par contre, les compétences de la médecine traditionnelle au niveau d'une approche globale du malade, et la pharmacopée qu'elle propose, disponible aux plus démunis, lui donne une place de choix d'une importance primordiale.

D'autre part, compte-tenu de la place prépondérante de l'élevage dans l'économie locale, la conception de remèdes vétérinaires est prévue.

Un projet de culture de plantes tinctoriales est également envisagé afin de fournir des matières premières de qualité à la coopérative féminine et au projet de l'institut des arts calligraphiques.

Enfin, les techniques d'agrobiologie qui sont utilisées dans le jardin médicinal (compost, traitements naturels, etc') pourront servir de base de formations d'amélioration des cultures maraîchères dans l'oasis.

HISTORIQUE DU PROJET

Le présent projet de création d'un jardin médicinal est né de la rencontre entre l'ONG mauritanienne « Terre vivante » et Michel Thouzery puis l'association « Plantes et Nomades ».

Au cours de deux séjours en Mauritanie, d'une durée de 3 mois, en 1996 et 1997, Michel Thouzery s'est intéressé à l'utilisation des plantes médicinales traditionnelles chez les Maures, plus spécialement dans la région de l'Adrar. Des enquêtes auprès de tradipatriciens et d'utilisateurs dans les villages, les oasis et chez les nomades ont permis la rédaction d'un mémoire (Société Française d'Ethnopharmacologie de Metz), dans lequel une quarantaine de remèdes sont présentés.

Fin 1997, un jardin médicinal a été implanté à titre expérimental à Chinguetti.

Suite à cette étude et à cette expérience, l'Association « Plantes et nomades » a vu le jour en France en 1998.

« Terre vivante » a rencontré M. Thouzery en 1998, puis les contacts se sont multipliés.

En 1999, un accord de partenariat a été signé entre les deux associations.

En 2000, la volonté de participer au développement des plantes médicinales en Mauritanie a conduit les deux partenaires à réfléchir à un projet de création d'un jardin médicinal pilote et d'une unité de transformation des plantes récoltées, en vue de leur commercialisation.

Grâce à une connaissance approfondie des conditions de vie en milieu nomade, et suite à un travail persévérant de maillage social mené depuis 1993 dans la Moughataa de R'kiz, Terre vivante a choisi Mataa-moulana comme site de ce projet.

MATAA-MOULANA

Présentation ' Contexte

C'est un village enclavé dans l'erg du Trarza, entre Rosso et Boutilimit, à 180 km au Sud-Est de Nouakchott. Dans les années 50 un puits a été foré par les Français pour abreuver les troupeaux des nomades. La tribu de cette région décida de se sédentariser et de construire un village autour de ce puits. Une oasis a été créée au nord du village grâce à un forage équipé d'une pompe. Des cultures de palmiers dattiers ont été implantées ainsi que des jardins maraîchers.

Aujourd'hui, deux sondages à électro-pompe assurent le ravitaillement du village en eau, et un groupe électrogène permet l'éclairage des aires communes et de quelques maisons de 5 à 7 heures et de 19 h 30 à 23 heures.

Deux écoles et un collège permettent aux enfants d'être scolarisés sur place jusqu'en classe de seconde.

Un dispensaire assure les soins d'urgence avec la présence d'un infirmier et d'une sage-femme. Actuellement, il n'y a pas de médecin.

Le climat, de type sud-saharien, est caractérisé par une longue saison sèche et une courte saison des pluies. La pluviométrie est très variable d'une année à l'autre (450 à 600 mm de pluies).

La végétation y est constituée d'épineux et d'une sorte de forêt classée autour du village.

L'agriculture se pratique seulement à petite échelle et sous forme maraîchère : Des jardins situés à l'entrée du village et exploités par des groupements pour produire quelques légumes nécessaires à la consommation locale.

L'élevage à petite échelle y est prédominant (chameaux, bovins, ovins) sous sa forme traditionnelle. Les espèces sont exploitées principalement pour la viande et le lait. La vente d'animaux sur pattes génère des revenus considérables.

Initiatives et actions à la base

Depuis quelques années, les habitants de Matamoulana ont enclenché le développement intégré du village, par la promotion de certaines activités à caractère participatif concernant :

  • L'éducation : enseignement traditionnel (Mahadras) bien établi, parallèlement à l'enseignement conventionnel en Arabe, français et anglais.
  • La dynamisation socio-économique de groupements féminins pour réaliser des AGR (activités génératrices de revenus) dans l'artisanat.
  • La gestion du terroir et de l'environnement : lotissement, plantation et protection d'arbres, réalisation de quelques équipements et infrastructures de base (forage, électricité, écoles, etc.)

LE JARDIN MEDICINAL DE MAATA-MOULANA

SITUATION

Le terrain est situé autour du puits qui est à l'origine du village. Cette aire n'a jamais été construite afin de permettre d'extraire l'eau par traction animale: le puits étant d'une profondeur de 60 m, un rayon de même longueur permet de tirer une corde munie d'un récipient à son extrémité. Depuis plusieurs années le puits n'est plus utilisé car un forage effectué à quelques centaines de mètres de celui-ci approvisionne le village en eau grâce à une pompe motorisée. Néanmoins le puits est préservé en cas de panne du moteur (ce qui est déjà arrivé pendant plusieurs semaines).

Ce terrain, situé au sud du village est entouré de quelques maisons et 2 écoles sont à proximité. Le collège se trouve à environ 300 m.

En Août 2000 une ONG suisse a financé la pose d'un grillage, délimitant ainsi la surface du jardin : un rectangle de 110 mX130m, avec le puits en son centre et une porte au nord.

LE SOL

La zone immédiate autour du puits contient des déblais issus du forage effectué il y a bientôt 50 ans. Ailleurs le terrain est sableux, avec des zones plus compactées que d'autres, plat, à part une petite dépression sur le côté sud-est. Aucune analyse du sol n'a été réalisée pour l'instant. Un apport organique a été apporté quotidiennement durant plus de 40 ans sur cette zone où les troupeaux stationnaient en attendant d'être abreuvés.

En décembre 2000 , date du début de la mise en culture, une végétation herbacée assez dense s'était installée (Panicum turgidum, Cenchrus biflorus et Citrulus colocynthus principalement) ainsi que de jeunes plants de Balanites aegyptiaca, Acacia radiana et Calotropis procera.

LE PLAN (voir Annexe)

L'implantation du jardin a démarré en décembre 2001. Fin 2003, le premier quart (nord-est) est entièrement dessiné et partiellement cultivé.

Une allée centrale partage le jardin dans un axe nord-sud, de la porte au puits pour la première moitié, ce qui permet de conserver un accès au puits pour la traction animale.

Une haie transversale partage le jardin dans l'axe est-ouest. On obtient ainsi quatre aires délimitées par une haie d'arbres.

- Plantation des haies : après la construction de la clôture c'est le travail prioritaire afin de réduire l'impact du vent et de procurer l'ombre indispensable aux cultures pendant les mois les plus chauds. Une rangée d'Azadarichta indica a été plantée en décembre 2001 sur la moitié nord, puis des Leucaena intercalés début 2002. Une deuxième rangée d'arbres (Acacia senegal, Acacia bivenosa et Leucaena) a été implantée début 2002 sur le quart N-E. Fin 2002, on peut constater que de nombreux Acacia tortilis ont poussé naturellement et constituent une haie sauvage épineuse le long du grillage.

- Allées : L'allée centrale, d'une largeur de 4 m, est bordée d'Eucalyptus sur les premiers 20 m, puis par une alternance de Tamarindus et de Citrus.

Un quadrillage de 5 m de côté est réalisé sur le quart N-E, délimitant des aires de 25 m 2 environ où seront implantées les planches de cultures. Ces lignes ont été semées avec Gossypium hirsutum, Hibiscus sabdariffa, Catharanthus roseus et Cymbopogon citratus. Ces plantes seront récoltées.

A chaque intersection, un arbre a été planté: Moringa oleifera, Citrus aurantifolia, Citrus reticulata, Carica papaya , Mangifera indica.

Autour du puits, un cercle a été dessiné et des espèces grimpantes implantées et palissées : Passiflora incarnata, Vitis vinifera.

Les planches de cultures (voir plan) :

  • semis : Cassia occidentalis, Cassia acutifolia, Vernonia, Spilanthes, Jatropha chevalieri, Ocimum basilicum.
  • repiquage: Catharanthus roseus, Aloe vera, Lippia chevalieri, Lippia citriodora, Euphorbia hirta, mentha viridis.
  • boutures: Lippia citriodora, Vitis vinifera.

Plants sauvages : on observe des semi-naturels de Calotropis procera, Leptadenia pyrotechnica, Ziziphus lotus, Balanites aegyptiaca, qui seront conservés dans la mesure où ils ne gênent pas les cultures implantées.

Les plants d'arbres qui poussent sur les aires destinées à la culture sont arrachés avant qu'ils atteignent un développement trop important..

Implantation d'un deuxième quart (nord-ouest): celui-ci est déjà délimité par une plantation d'Azadarichta (décembre 2001) et par la bordure de l'allée centrale (janvier 2003) . Quelques plants de Lawsonia inermis et d'Aloès ont été implantés.

Prévisions 2004:

  • implantation d'une haie sur la moitié sud
  • mise en place d'un quadrillage sur le quart N-O.

IRRIGATION

Une adduction d'eau reliée au réseau du village a été réalisée en décembre 2001, avec pose d'un compteur et d'un robinet. Un tuyau permet l'irrigation avec des arrosoirs.

Il est prévu d'équiper le puits avec une pompe solaire et des bassins d'irrigation. Cela permettrait au jardin d'avoir une autonomie en eau tout en favorisant une réalisation avec une énergie renouvelable.

En cas de panne du moteur, la pompe solaire pourrait approvisionner provisoirement le village en eau.

Un système de goutte à goutte artisanal (qui existe dans la palmeraie) permettrait d'irriguer les haies.

ATELIER

Un bâtiment de 3 pièces de 35 m 2 est prévu , comprenant :

  • une salle de séchage, comprenant 7 armoires de 8 claies superposées chacune (soit un total de 56 m2) et un plan de travail. 3 fenêtres sur chaque longueur permettent la circulation de l'air (très sec) pour le séchage.( Cette salle a été construite en janvier 2003 et une armoire de séchage réalisée);
  • Une salle de stockage et d'ensachage avec des plans de travail pour conditionner les remèdes à commercialiser et des étagères pour stocker les plantes séchées;
  • Un laboratoire pour les préparations galéniques: sirops, pommades,etc', équipé d'un évier, de paillasses carrelées, de réchaud à gaz et de placards de rangements pour les ustensiles et flaconnages. Une unité de fabrication d'eau distillée est prévue;
  • Un local sera également utile pour abriter un moulin à huile (pour les fruits d'Azadarichta, Moringa et Balanites) et un alambic pour fabriquer des huiles essentielles (Ocimum, Basilicum, Lippia, etc')

EQUIPEMENT PEDAGOGIQUE

Il est prévu en partenariat avec le collège de réaliser des fiches sur chacune des espèces présentes dans le jardin, présentant un dessin de la plante, ses caractéristiques botaniques et ses propriétés médicinales. Un étiquetage de chaque planche ou arbre sera réalisé, portant le nom vernaculaire, le nom scientifique et la famille botanique.

Un diaporama sur la culture des plantes médicinales et leur transformation en France et au Mali a été présenté par Plantes et Nomades dans les écoles, le collège et chez le chef du village durant l'hiver 2002-2003.

LISTE DES PRINCIPALES ESPECES A IMPLANTER DANS LE JARDIN

(liste non exhaustive) :

( * espèces déjà implantées)

Acacia albida
A.nilotica
A.senegal *
Achyranthes aspera
Adansonia digitata
Aloe vera *
Allium sativum
Artemisia annua
Azadarichta indica *
Boscia senegalensis
Borreria verticillata
Calotropis procera *
Capsicum annuum
Cassia acutifolia
Cassia occidentalis *
Cassia sieberiana
Carica papaya *
Catharanthus roseus *
Combretum glutinosum
Combretum micrantum
Citrullus colocyntis
Citrullus lanatus
Citrus aurantifolia *
Citrus reticulata *
Cucumis prophetarum
Cymbopogon citratus *
Cymbopogon giganteus
Datura stramonium
Eucalyptus camaldilensis *
Euphorbia hirta *
Gossypium barbadense *
Guiera senegalensis
Hibiscus sabdariffa *
Jatropha chevalieri *
Kalanchoe pinnata
Lawsonia inermis *
Lippia citriodora *
Lippia chevalieri *
Momordica balsamina
Mangifera indica *
Maerua crassifolia
Maytenus senegalensis
Moringa oleifera *
Nigella sativa
Ocimum basilicum *
Passiflora incarnata *
Phoenix dactylifera
Piliostigma reticulatum
Psoralea plicata
Ricinus communis
Rumex acetosa
Sclerocarya birrea
Simmondsia chinensis
Spilanthes *
Sterculia setigera
Tamarindus indica *
Trigonella foenum
Vernonia
Zizyphus mauritiana

Classification des espèces selon leurs indications thérapeutiques :

  • Appareil respiratoire:

Guiera senegalensis, Eucalyptus, Acacia nilotica, Catharantus roseus, Piliostigma reticulata, Cassia occidentalis , Euphorbia hirta

  • Appareil circulatoire :

Hypertension: Alium sativum, Moringa oleifera, Catharantus roseus, Sclerocarya birrea

Cholestérol : Balanites aegyptiaca

  • Diabète :

Catharantus roseus, Moringa oleifera

  • Appareil digestif :

Estomac: Azadarichta indica, Adansonia digitata, Acacia senegal, Cymbopogon citratus, Capsicum , Cassia occidentalis, Gossipium hirsutum, Lippia citriodora, Vernonia

Foie: Combretum glutinosum, C.micranthum, Cassia occidentalis, Gossypium, Carica papaya

Laxatifs: Cassia acutifolia, C.occidentalis, Tamarindus indica, Ricinus Communis

Diarrhées: A.senegal, Corchorus depressus, Acacia nilotica, Ocimum basilicum, Adansonia digitata

  • Affections urinaires :

Hibiscus sabdariffa, Combretum glutinosum, Cassia sieberiana

  • Affections dermatologiques:

Lawsonia inermis, Aloe vera, Cassia alata

  • Sédatives:

Passiflora incarnata, Lippia chevalieri

  • Fièvres et paludisme :

Azadarichta, Cassia occidentalis, Lippia chevalieri, Cymbopogon giganteus, Artemisia

  • Anti-infectieuses et anti-inflammatoirs:

Cassia occ., C.alata, Combretum m., Ocimum b., Kalanchoe, Piliostigma Reticulata

  • Insectifuges:

Cymbopogon citratus, Azadarichta

  • Apports vitaminiques:

Zizyphus mauritiana, Hibiscus sabdariffa, Capsicum frutescens, Balanites , Moringa, Citrus

ESPECES pouvant être utilisées pour la fabrication de préparations galéniques :

  • Huiles: Balanites, Moringa (huile de ben), Azadarichta, Simmondsia chinensis (Jojoba)
  • Pommades: Aloe vera, Piliostigma reticulata, Cassia alata, Lawsonia inermis, Calotropis procera, etc'
  • Alcoolatures: Balanites, Cassia alata, '

Importations des pays voisins : Karité, huiles de coco et de palme.

Espèces offrant des possibilités de récolte sauvage:

Acacia ehrenbergiana
Acacia nilotica
Acacia senegal
Acacia tortilis
Adansonia digitata
Balanites aegyptiaca
Boscia senegalensis
Calotropis procera
Cassia acutifolia
Cassia occidentalis
Citrullus colocyntis
Combretum glutinosum
Combretum micrantum
Corchorus depressus
Euphorbia hirta
Leptadenia pyrotechnica
Maerue crassifolia
Maytenus senegalensis
Momordica balsamina
Panicum turgidum
Phoenix dactylifera
Psoralea plicata
Stipagrostis pungens
Tamarindus indica
Tribulus terrestris
Zizyphus lotus

Jardin Médicinal de MaatamoulanaPrésentation de la structure requérante


Haut de page | ONG Terre Vivante | Email

HTML